Si Rebel News n’est pas une « organisation journalistique canadienne qualifiée » produisant des nouvelles « originales », alors Radio-Canada ne l’est pas non plus, pas plus qu’une multitude d’autres médias « traditionnels » financés par le gouvernement.
Pourtant, dans l’affaire Rebel News Network Ltd. c. Canada (Procureur général), la Cour d’appel fédérale a récemment confirmé la décision du ministre du Revenu national selon laquelle Rebel News ne constitue pas une « organisation journalistique canadienne qualifiée » au sens de la Loi de l’impôt sur le revenu.
L’Agence du revenu du Canada (ARC) a pénalisé Rebel News pour ne pas avoir produit une quantité vague et impossible à déterminer de contenu d’information « original », devant être fondé sur « des faits et des perspectives multiples » et « produit conformément aux processus et principes journalistiques », notamment « une pratique constante consistant à offrir aux personnes faisant l’objet de critiques la possibilité de répondre et à présenter des perspectives, des interprétations et des analyses différentes ».
Rebel News assume ouvertement le fait de rapporter l’actualité et de défendre des positions selon une perspective que l’on pourrait qualifier de conservatrice, libertarienne, populiste ou de centre droit. Il faut saluer ce média financé par ses sympathisants pour avoir l’honnêteté de reconnaître ses partis pris, plutôt que de prétendre — comme le font presque tous les autres médias — que sa couverture journalistique est neutre, objective et entièrement exempte de préjugés.
Autrefois, certains journaux canadiens affichaient publiquement leur soutien aux libéraux ou aux conservateurs, de sorte que les lecteurs savaient qu’au moins une partie de l’actualité serait rapportée selon un parti pris identifiable. Personne n’est neutre. Tout le monde a des partis pris ou une perspective particulière, sinon sur tous les sujets, du moins certainement sur certains. Quiconque prétend livrer une information parfaitement objective ment ou manque de lucidité sur lui-même. La seule attitude honnête pour les médias consiste à révéler leurs partis pris ou leurs perspectives à leurs lecteurs, auditeurs et téléspectateurs. Pourtant, Radio-Canada et les autres médias financés par le gouvernement prétendent être objectifs et ne se préoccuper que des faits.
Radio-Canada manifeste ses partis pris en n’interviewant que des personnes qui adhèrent à son idéologie politique, selon laquelle la plupart des problèmes peuvent être résolus facilement et rapidement par une augmentation des dépenses publiques, l’adoption de lois et l’imposition de nouvelles réglementations. Ceux qui considèrent que le gouvernement est le problème plutôt que la solution, ainsi que ceux dont les valeurs sont traditionnelles plutôt que « progressistes », sont rarement interviewés par Radio-Canada.
En écoutant une émission radiophonique de Radio-Canada quelques jours après que la Cour suprême des États-Unis eut renversé l’arrêt Roe v. Wade, en juin 2022, j’ai remarqué que seuls des opposants à cette décision avaient été interviewés. Pendant les confinements, Radio-Canada et les autres médias financés par le gouvernement se sont contentés de répéter le discours gouvernemental sur les questions liées à la COVID-19, n’interviewant que rarement, voire jamais, les médecins et les scientifiques qui soutenaient que les confinements causaient plus de tort que de bien. Les panels de Radio-Canada présentent généralement plusieurs perspectives de gauche, sans donner la parole à un défenseur crédible et éloquent des positions conservatrices, libertariennes ou d’autres courants de centre droit.
D’anciens journalistes de CBC/Radio-Canada, Tara Henley, Travis Dhanraj, Jason Unrau et Marianne Klowak, ont publiquement soulevé des préoccupations concernant le conformisme idéologique du diffuseur public, son équilibre politique et la manière dont il traite les perspectives qui remettent en question les discours dominants ou ceux qui concordent avec les positions gouvernementales. Mme Klowak a déclaré que, pendant la pandémie de COVID-19 et les confinements, CBC/Radio-Canada « faisait de la propagande ».
Pourquoi donner au gouvernement, par l’entremise de la Loi de l’impôt sur le revenu, le pouvoir de juger quels médias, s’il en est, présentent systématiquement des « perspectives multiples », offrent une « possibilité de répondre aux personnes faisant l’objet de critiques » et proposent « des perspectives, des interprétations et des analyses différentes » ? Pourquoi ne pas laisser les Canadiens en décider eux-mêmes, sans recourir au pouvoir de l’État ?
La Charte protège expressément « la liberté de la presse et des autres moyens de communication », au même titre que les libertés fondamentales « de pensée, de croyance, d’opinion et d’expression ». Le jugement de la Cour est le symptôme d’un problème beaucoup plus vaste au Canada : l’ingérence active du gouvernement dans la liberté de la presse et des autres moyens de communication, au moyen de récompenses et de sanctions financières.
Une presse libre et indépendante constitue l’un des fondements de toute démocratie libre. La dépendance financière envers le gouvernement compromet la capacité des médias à rapporter les nouvelles de manière objective. Il en va de même des avantages fiscaux particuliers accordés uniquement aux médias privilégiés par le gouvernement, grâce à la catégorie des « organisations journalistiques canadiennes qualifiées ».
Aujourd’hui, l’industrie médiatique canadienne bénéficie d’un soutien massif sous forme de subventions gouvernementales. À elle seule, CBC/Radio-Canada a reçu 1,58 milliard de dollars provenant des contribuables en 2025-2026. Les salles de rédaction et les éditeurs prétendument « privés » sont eux aussi largement subventionnés : environ 70 millions de dollars par année grâce au crédit d’impôt pour la main-d’œuvre journalistique, 20 millions de dollars par l’intermédiaire de l’Initiative de journalisme local et 75 à 85 millions de dollars grâce au Fonds du Canada pour les périodiques.
Ottawa dépense 80 millions de dollars supplémentaires par année en publicité fédérale, une autre source de financement provenant des contribuables qui soutient cette même industrie. À cela s’ajoutent des sommes encore plus importantes consacrées au cinéma et à la télévision par l’entremise du Fonds des médias du Canada, de Téléfilm Canada et de l’Office national du film du Canada. La majeure partie de ces dépenses financées par les contribuables profite à une liste restreinte de bénéficiaires publics et privés approuvés, plutôt qu’à un marché ouvert. Invariablement, les bénéficiaires de l’argent des contribuables sont ceux qui appuient le programme idéologique et politique du gouvernement ou qui, à tout le moins, s’abstiennent de s’y opposer.
Malgré les subventions massives prélevées auprès des contribuables et versées aux médias « traditionnels », la confiance du public envers les médias continue de diminuer. Peut-être ne s’agit-il pas d’une simple corrélation : les Canadiens connaissent le sens de l’expression « ne pas mordre la main qui nous nourrit ».
Selon le Reuters Institute, le niveau général de confiance envers l’information se situe à 37 %, une chute vertigineuse de 20 points depuis 2018. Au cours de la même période, la proportion de Canadiens affirmant ne faire absolument aucune confiance aux médias est passée de 17 % à 30 %. Près de la moitié des Canadiens affirment maintenant éviter les nouvelles parfois ou souvent.
Une presse libre ne peut être une presse subventionnée. Le rétablissement de la liberté de la presse au Canada exige de mettre fin à toutes les subventions directes et indirectes financées par les contribuables, pour l’ensemble des médias.
Le Centre juridique pour les libertés constitutionnelles est le principal organisme canadien de défense des libertés civiles, qui agit comme chien de garde des droits fondamentaux devant les tribunaux et dans l’opinion publique. Fondé en 2010, le CJLC finance des avocats partout au Canada, dépend entièrement de dons des citoyens pour accomplir sa mission et remet des reçus fiscaux à ses donateurs.
